07/04/2026

Quoi de neuf?

Paul à la maison: La bande dessinée monte sur scène
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Par Amélie Bélanger. Le Théâtre des Deux Rives accueillera en avril l’adaptation pour la scène de la bande dessinée Paul à la maison, opus de la célèbre série de Michel Rabagliati. Après avoir conquis le public du Trident à Québec et de Duceppe à Montréal, la production pose ses valises chez nous pour une soirée qui promet d’être aussi drôle qu’émouvante.

Paul a la cinquantaine, une maison dans le quartier Ahuntsic, un chien nommé Biscuit et une vie qui prend l’eau de toutes parts. Sa femme est partie, sa mère est malade, sa fille s’éloigne et rêve de voyages, et même son pommier se meurt. Pourtant, c’est dans cette accumulation de petits naufrages que cette tranche de vie trouve toute sa beauté. Car Paul, avec une autodérision désarmante, apprend tranquillement à lâcher prise et nous, on l’accompagne avec le sourire aux lèvres et parfois, une larme à l’œil.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la fidélité de l’adaptation. La dramaturge Anne-Marie Olivier a réussi le tour de force d’une transition quasi invisible de la page à la scène : les fans de Rabagliati retrouvent immédiatement leur Paul, intact, vivant, authentique. Et pour cause : l’auteur lui-même a participé à chaque étape du travail, allant jusqu’à créer des dessins exclusivement pour le spectacle.  

Voir Paul à la maison


La mise en scène de Lorraine Côté est ingénieuse et fluide. En mariant théâtre d’ombres, théâtre d’objets et cinéma en direct, elle invente un langage scénique à part entière, parfaitement accordé à l’univers graphique de Rabagliati. Trois cases géantes trônent en fond de scène, où se mêlent projections de dessins, images du réel et captations vidéo en direct, un dialogue vivant entre la BD et le plateau qui ne cesse de séduire l’œil. Même le rythme et les mouvements des corps respectent le style découpé et lent de l’auteur.

Hugues Frenette offre une interprétation très sentie de Paul, qui est un peu plus ironique par le sourire que dans la version originale. Marie-Ginette Guay (Conversations avec mes parents) se démarque encore dans le rôle de la mère de Paul, une figure maternelle revêche mais aimante qui vit ces derniers moments. Rose, la fille de Paul, est jouée par la pétillante Odile Gagné-Roy, qui exprime bien l’impulsivité du début de la vie adulte. Nadia Girard Eddahia, Étienne d’Anjou, Thomas Royer et Valérie Boutin s’échangent quant à eux tous les personnages secondaires que croise Paul, avec une coordination impressionnante, tant qu’on croirait qu’ils sont 20 acteurs sur scène. 

Il y a aussi Biscuit, la marionnette imaginée par Annabelle Roy et manipulée par Étienne d’Anjou qui vole littéralement la vedette dans les scènes où le chien et son maitre philosophent ensemble sur la vie. Ces moments-là sont cocasses, touchants, et franchement inoubliables.

Bien que le rythme soit plus contemplatif qu’un théâtre physique comique, Paul à la maison, prouve qu’on peut adapter une bande dessinée au théâtre sans trahir ni l’une ni l’autre. Les deux arts partagent le sens du découpage, du rythme et de la narration visuelle, ce qui rend le passage de l’un à l’autre plus naturel qu’on ne le croit.

L’adaptation de Paul à la maison s’inscrit dans une tradition encore rare au Québec. C’est l’une des premières adaptations scéniques d’une BD, démontrant que le chemin entre le phylactère et la scène peut être fécond à condition d’y mettre l’intelligence et le respect de l’œuvre originale qu’a mis l’équipe du Trident.

Paul à la maison
18 avril 2026 | 20 h 
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives

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Du lundi au samedi de 10 h à 18 h


 

 

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