08/09/2026
08/09/2026
Il aurait pu passer sa vie entre les œuvres d’art et les salles de classe. Bachelier en histoire de l’art, Olivier Martineau a enseigné l’art dramatique au secondaire avant de trouver l’endroit où toute son énergie pouvait enfin se déployer : une scène, un micro et un public prêt à le suivre.
Lorsqu’il se lance en humour, en 2008, il n’est pas passé par l’École nationale de l’humour. Il apprend en jouant, affine son rythme dans les soirées de stand-up et se fait rapidement remarquer. Sa victoire à En route vers mon premier gala, en 2010, lui ouvre les portes du métier. Deux ans plus tard, le Nez d’or Révélation du Grand Rire, puis le premier prix et le prix du public au Concours de la relève de Val-d’Or confirment que sa drôle de bibitte scénique a trouvé sa place.
La suite lui offre des classes de maître grandeur nature. Il ouvre les spectacles d’Anthony Kavanagh, de Jamel Debbouze, de Jerry Seinfeld et de Gad Elmaleh. Il joue à Paris, à Liège et à Marrakech, observe différentes mécaniques et précise la sienne : une parole franche, un débit nerveux et une maîtrise du rythme affinée au fil des représentations. Son premier solo, lancé en 2015, franchit le cap des 60 000 billets vendus. Parfa pousse ensuite plus loin son regard ironique sur une société obsédée par la perfection. La radio, la télévision et les galas élargissent son terrain de jeu, sans remplacer son lieu de prédilection : la scène. Le contact direct avec le public reste son meilleur baromètre.
Voir Olivier Martineau au Théâtre des Deux Rives
Avec C’est pas moi, c’est toi, Martineau revient à l’essentiel. Le décor est sobre et toute la place est laissée au texte, à sa présence et à son rapport immédiat avec la salle. Il s’adresse à la société comme à une personne dont il voudrait se séparer : on a eu de bons moments ensemble, mais ses habitudes agaçantes, ses règles absurdes et les frustrations du quotidien ont fini par avoir raison de la relation.
Ce pourrait être le défoulement d’un homme à boutte. C’en est un, mais pas seulement. L’humoriste a déplacé sa cible. Celui qui s’en prenait aux autres se demande maintenant s’il ne ferait pas lui-même partie du problème. Derrière le personnage impatient apparaît un homme de 44 ans qui se regarde aller et transforme ses contradictions en matériel comique. En devenant lui-même une cible, il rend le spectacle plus personnel et crée une proximité nouvelle : il ne nous observe plus de l’extérieur, il se place avec nous dans le grand inventaire de nos travers.
Sur scène, il garde toute sa fougue. Les sujets changent rapidement, les coups partent en rafale et l’impression de chaos est soutenue par un rythme d’une grande précision. Puis, sans prévenir, il ralentit. Le silence s’installe. La salle baisse sa garde… et la réplique tombe, inattendue. Ce jeu de vitesse et de contre-pied donne à la soirée son mouvement et évite la simple succession de récriminations.
Le public doit s’attendre à un humour franc, cru et mordant. Martineau n’essaie pas de plaire à tous ni d’arrondir les angles. Il pousse ses observations jusqu’au point de rupture, échange avec la salle et fait de l’exaspération une expérience collective. On rit de ce voisin, de cet automobiliste ou de cet inconnu qui nous irrite, avant de reconnaître une part de nous-mêmes.
C’est pas moi, c’est toi porte donc bien son titre, à condition d’entendre le doute qui s’y glisse. Et si nous étions tous le « toi » de quelqu’un ? Pendant près d’une heure et demie, Martineau propose de déposer nos agacements dans une salle sombre, de les grossir jusqu’à l’absurde et d’en rire ensemble. Une rupture? Oui, mais de celles dont on ressort étrangement plus léger.
Olivier Martineau
30 octobre 2026 | 20 h
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives
30, boulevard du Séminaire N.,
Saint-Jean-sur-Richelieu, QC
J3B 5J4
Du lundi au samedi de 10 h à 18 h