16/12/2019

Quoi de neuf?

Marie-Thérèse Fortin dans la peau de Gabrielle Roy

Depuis plusieurs années, Marie-Thérèse Fortin caressait l’idée de mener un projet théâtral sur l’œuvre littéraire de Gabrielle Roy. Son rêve est devenu réalité grâce à la complicité du dramaturge Olivier Kemeid, avec qui elle a sélectionné et assemblé des passages principalement tirés de l’autobiographie de l’auteure, La détresse et l’enchantement. La comédienne s’est entretenue avec l’Entracte à propos de ce spectacle qui lui tient particulièrement à cœur.

Il y a toujours une part de mystère dans le fait qu'une œuvre nous bouleverse ou nous touche aussi fortement : « Gabrielle Roy avait une manière de traiter de questions universelles. C’était une jeune femme qui, en 1937, arrive à devenir qui elle pressent qu'elle doit être dans une société canadienne qui encourageait plutôt le travail domestique pour les femmes et qui regardait de travers celles qui voulaient s’émanciper en pratiquant un métier. » Gabrielle Roy a grandi dans un milieu où le fait d’être francophone posait problème. Elle a su tirer son épingle du jeu en trouvant sa place à la fois comme francophone et comme anglophone. Elle a obéi à la loi qui interdisait l'enseignement de la langue française au Manitoba, mais elle a réussi à s’affranchir de cette volonté déclarée d’assimiler les francophones et de les noyer dans la masse.

Voir La détresse et l'enchantement
Marie-Thérèse Fortin a aussi été touchée par la relation de l’auteure avec sa mère, une femme forte qui, malgré le fait qu’elle soit restée prisonnière de sa condition, a encouragé sa fille à lire et à écrire. Cela a fait en sorte que très jeune Gabrielle Roy a porté une révolte en elle, qui deviendra le moteur de son épanouissement comme femme et comme artiste. Marie-Thérèse Fortin raconte que dans un passage de son livre La route d'Altamont, l’auteure évoque une discussion qu’elle a eue avec sa mère lorsqu’elle lui a annoncé qu’elle partait en Europe. Elle décrit le sentiment de fierté d’une mère qui voit sa fille voler de ses propres ailes, mais aussi la déception de constater qu’elle n’aura jamais été capable de faire la même chose.

Gabrielle Roy a toujours aimé aller à la rencontre des gens et donner une voix à ceux qui n’en avaient pas : « Je pense que c’est ce qui a guidé toute sa vie. Elle était très sociale-démocrate. Quand elle s’est installée à Montréal, elle frayait dans les milieux artistiques, littéraires et journalistiques. Elle était pour le parti de Godbout, qui était libéral, et qui avait des visées beaucoup plus émancipatrices de la condition des travailleurs. Et c’est pour ça aussi qu’elle a écrit son premier roman à Saint-Henri. C’était un des premiers romans qui décrivait la vie d’une classe ouvrière et assez peu nantie. Dans Bonheur d’occasion, son écriture est presque documentaire. Elle est partie de faits réels, d’observations, de notes qu’elles avaient prises. »

La ressemblance physique est frappante lorsque Marie-Thérèse Fortin est coiffée et habillée comme Gabrielle Roy : « On s’est inspiré d’une photo où elle était plutôt jeune, dans la trentaine, un peu après qu’elle ait écrit Bonheur d’occasion. » Durant le processus de création, Marie-Thérèse Fortin a également lu un article de Jacques Godbout où il relatait sa première rencontre avec Gabrielle Roy, à Petite-Rivière-Saint-François : « Ils étaient assis dans une balançoire et elle lui racontait un voyage qu’elle avait fait. Au fil de son histoire, elle bondissait, elle imitait les gens, elle prenait un accent, elle mimait la situation… Et avec Olivier Kemeid, on a compris que c’est comme ça qu’on arriverait à faire vivre les autres personnages de la pièce. »

Afin de se préparer à incarner l’auteure franco-manitobaine, la comédienne a rencontré des gens comme François Ricard et Pierre Morency, deux écrivains et amis de Gabrielle Roy. Ils l’ont décrite comme étant une femme fascinante et envoutante, mais assez secrète : « Je pense que l’essentiel de Gabrielle Roy est dans son écriture. Quand je joue les personnages secondaires, ils sont très caractérisés, mais quand c’est Gabrielle qui parle, je m’efface pour que les gens entendent les mots. Il y a une telle sincérité dans son écriture que les émotions sont à fleur de peau. Elle parle de ce qu’elle éprouve et de ce qu’elle a traversé, mais toujours dans une volonté de solidariser ses lecteurs, quels qu’ils soient. »

Marie-Thérèse Fortin a hâte de débuter sa tournée qui l’amènera à traverser le Québec, mais également à se rendre au Manitoba, aux origines de son héroïne.

Crédits: D’après l’autobiographie de Gabrielle Roy intitulée La détresse et l’enchantement. Montage dramaturgique : Marie-Thérèse Fortin et Olivier Kemeid. Mise en scène : Olivier Kemeid. Interprétation : Marie-Thérèse Fortin. Production : Trois Tristes Tigres en coproduction avec le Théâtre du Trident et le Théâtre du Nouveau Monde. Comédie dramatique. Durée : 1 h 35, sans entracte. Photo Yves Renaud

Cette entrevue a initialement été publiée dans l’édition de janvier 2020 du magazine l’Entracte.

La détresse et l’enchantement
7 février 2020 à 20 h
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives

 

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