12/05/2026
12/05/2026
À 28 ans, l'humoriste de l'Outaouais s'impose comme l'une des voix les plus libres de sa génération. Avec Toréador, son premier vrai one-woman-show, Liliane Blanco-Binette entre dans l'arène sans filet, et le public en redemande.
Sur Instagram et TikTok, on la suit par centaines de milliers. Elle crie, grimace, se contorsionne, s'indigne, se confie, et fait éclater les foules de rire. Mais derrière cet écran, il y a une femme qui a longtemps cherché sa place. Originaire de Hull, Liliane Blanco-Binette a grandi dans une maison multigénérationnelle avec ses parents, ses deux frères, dont un jumeau prénommé Zachary, et sa grand-mère espagnole, dont la famille avait fui la guerre civile en Espagne pour s'établir à Gatineau. « J'ai grandi en pensant que tout le monde mangeait des paellas », confiait-elle au Devoir.
Trois tentatives, un destin
Sa route vers l'École nationale de l'humour n'a pas été sans embûches. Refusée deux fois avant d'être enfin admise à sa troisième tentative, elle obtient son diplôme en 2021. « J'aurais pu me présenter cinq fois. Je n'ai jamais voulu faire autre chose dans ma vie que d'être humoriste, je n'avais pas le choix », racontait-elle à Radio-Canada. Sa présence remarquée lors de la saison 3 de Big Brother Célébrités, en 2025, lui a même valu une exposition nationale inattendue. C'est une voyante qui l'a incitée à lancer sa chaîne TikTok. Le succès a suivi, fulgurant, organique, presque vertigineux.
Voir Liliane Blanco-Binette
Toréador, ou la parole comme corrida
Le titre lui est venu comme une épiphanie, lors d'une de ses siestes. « J'ai vu un parallèle clair entre le stand-up et la corrida. Il y a quelque chose de similaire dans la posture, dans cette espèce de danse qui unit le torero et la bête », expliquait-elle au Devoir. L'image s'est imposée d'elle-même : une personne seule au centre d'une arène, face à ses démons, sous le regard d'une foule qui n'a pas conscience du danger. Hommage à ses origines espagnoles et à cette grand-mère dont elle a perdu la langue mais gardé l'âme, le titre était dans son sang bien avant que le spectacle existe.
Mis en scène par Sébastien Tessier, son partenaire de vie, et ciselé à la script-édition avec Virginie Chauvette, Toréador ne recule devant rien. Avec pour seuls outils mille et une voix, un faciès élastique et une énergie de taureau lâché, Liliane aborde une relation abusive de sept ans, parle d'agression sexuelle, de santé mentale, d'image corporelle. « C'est la clé qui te permet d'ouvrir toutes les serrures pour que tu comprennes qui je suis pour vrai », disait-elle au Journal de Québec.
D'une rive à l'autre de la francophonie
Ses quelque 600 000 abonnés sur les réseaux sociaux lui ont progressivement ouvert des portes bien au-delà du Québec. En mai 2025, elle remplit les 900 places de la Cigale à Paris en moins d'une demi-heure. En décembre, elle foule les planches des Folies Bergère devant 1 600 personnes. Une tournée d’une quarantaine spectacles en France, en Suisse et en Belgique est prévue dans les prochains mois. « Les réseaux font que tu peux être partout en même temps. Avant, quelqu'un comme Stéphane Rousseau devait passer des années en France pour développer le territoire », observait-elle dans le Journal de Québec.
Lauréate de la Découverte de l'année aux Olivier 2026, Liliane Blanco-Binette semble ne plus rien craindre. Ou presque. Car malgré l'énergie dévastatrice qu'elle déploie sur scène, comparée par La Presse à « une Virginie Fortin possédée par l'esprit de Jim Carrey », elle est la première à se décrire comme « crissement branlable ». Ce paradoxe, elle en a fait son moteur. Et le public en sort chaque soir un brin plus léger, et un peu transformé.
Liliane Blanco-Binette
18 juin 2026 | 20 h
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives
Crédit photo: Steven Grondin / Vertikal Club
30, boulevard du Séminaire N.,
Saint-Jean-sur-Richelieu, QC
J3B 5J4
Du lundi au samedi de 10 h à 18 h