08/05/2023

Quoi de neuf?

Ladji Diallo, conteur de cœur

Par Jennifer Tremblay. Pourquoi part-on ? « Pour se retrouver. Pour se perdre. », me répond Ladji Diallo en souriant. « Maliroots, c’est un récit miroir : il y a moi, le Français, qui va au Mali pour retrouver ses racines, tandis que des Maliens tentent de rejoindre la France… Je devais aussi donner la parole aux Maliens ! » Sa propre quête prend un sens différent, plus riche, si on la regarde sous l’éclairage de ce mouvement nord-sud-nord.

Le Circuit Paroles Vivantes nous donne l’occasion de recevoir Ladji Diallo le 28 octobre prochain au Pôle culturel de Chambly. L’artiste en sera à sa seconde visite en terre québécoise. Il sait ce qui l’attend puisqu’il garde un souvenir assez vif de son expérience de 2017, alors qu’il était venu présenter un spectacle intitulé Ma vallée, un truc de fou !. « Il y avait de la chair dans le rapport au public. J’ai senti un vrai intérêt. C’est ce dont le conteur a besoin pour avoir envie de conter ! », se rappelle-t-il agréablement.

Il est bien rare qu’un artiste découvre dès sa jeunesse, si ce n’est dès l’enfance, qu’il a du talent, ou du moins un appel, pour les arts. À la question : « Quand as-tu découvert que tu étais un artiste ? », il répond sans hésiter : « Au lycée ! Un enseignant m’a fait découvrir l’écriture et le théâtre. Dans mon spectacle J’kiffe Antigone, je raconte justement ça… »

Un été en colonie de vacances dans les Pyrénées lui a donné l’occasion d’entrer en contact avec la parole et la musique. Les chansons qu’on chante sous les étoiles, les histoires qu’on transmet autour du feu, ça lui a donné envie de s’exprimer : « Le conte nous donne le sentiment de convoquer l’intime. On est dans une parole sans trop de décors, sans trop d’effets, simple. On rejoint le cœur. »

À la maison, ses parents parlaient entre eux leur langue natale, le bambara. Et lui qui est né en France ne connaissait rien ou à peu près de la culture malienne. « Mes parents taisaient la culture africaine, et nous parlaient en français, pour que mes frères, mes sœurs et moi, on s’intègre complètement à notre pays d’adoption. » Mais à l’adolescence, il s’est senti perturbé par le fait qu’il ne connaissait pas ses racines : « J’étais très turbulent ! »

Puis il a fait des rencontres importantes qui l’ont amené à poser des questions, dont celle-ci, qui est peut-être investie de toutes les autres : « Qu’est-ce que ça signifie, cette peau noire ? » C’est à ce moment que sa mère a accepté de faire un voyage au Mali avec lui, ce qui s’est révélé un moment charnière de sa vie. Il a été fasciné par l’existence simple des membres de sa famille, des villageois vivant loin de tous les conforts modernes, mais au plus près des valeurs humaines. « Là-bas, les gens sont présents les uns pour les autres. Ils sont disponibles. Leurs dialogues sont riches. Ils rient de la vie. »

Dans le village natal de sa mère, Ladji a découvert la danse et le chant traditionnels, puis les percussions. Je lui demande s’il a réellement tout appris depuis le début, ou s’il n’y avait pas déjà un peu de ce village dans son sang. « Quand je suis sur scène, il y a des choses que je fais naturellement et je sais maintenant, pour l’avoir vu, qu’en effet, il y a de l’inné ! »

À son retour de l’Afrique, il a eu envie de conter, de monter sur scène avec sa guitare, mais le doute l’assaillait. « Je ne me sentais pas légitime. Je me demandais si j’avais le droit de parler du Mali, alors que je n’y étais même pas né. » C’est le grand griot mandingue Sotigui Kouyaté, connu comme l’un des comédiens africains les plus célèbres en Europe, qui lui a donné la permission de se lancer : « Ce que toi, Ladji, tu vas raconter, personne d’autre ne pourra le raconter. » Il entendait par là que son expérience de Parisien, né de parents maliens, comédien de formation, et conteur de cœur, avait tout ce qu’il fallait d’unique pour devenir universel.

On parle moins souvent du musicien qu’il est puisqu’il accompagne ses récits plus qu’il ne donne une performance musicale. Aussi à l’aise avec le reggae, le slam ou le rap qu’avec le chant traditionnel malien, il ne se refuse aucun style, ce qui est tant mieux pour nous qui voyageons tantôt par les mots, tantôt par les rythmes.

Ladji Diallo propose avec Maliroots un métissage de styles musicaux, un métissage de cultures, un métissage de pensées, rendus avec finesse, humour et chaleur. On voit bien qu’il est né ainsi, animé d’une énergie et d’une joie de vivre contagieuses. Il y a fort à parier que la grisaille de l’automne s’envolera dès qu’il posera un pied sur scène !

Ladji Diallo
28 octobre 2023 à 20 h
Salle Emma-Albani
Pôle culturel de Chambly

Photo Yannick Moigne

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