03/03/2026
03/03/2026
Par Amélie Bélanger. Le récit Rue Duplessis – Ma petite noirceur du sociologue et animateur Jean-Philippe Pleau fait l’objet d’une adaptation théâtrale en tournée au Québec ce printemps. De passage au Théâtre des Deux Rives le 4 avril prochain, la pièce met en vedette Jean-Philippe dans son propre rôle, entouré par Steve Laplante et Michel-Maxime Legault qui incarnent de multiples rôles. Notre collaboratrice s’est entretenue avec l’auteur sur l’impact de son histoire depuis la sortie du livre.
L’enfance de Jean-Philippe Pleau, c’est celle de bien des Québécois : enfant de la classe ouvrière élevé rue Duplessis à Drummondville dans les années 80, auprès de parents peu scolarisés, entre amour familial et préjugés. Devenu sociologue, animateur et réalisateur à la radio de Radio-Canada, il se retrouve « immigré de l'intérieur », c’est-à-dire étranger au monde qu'il a quitté comme au monde intellectuel où il a atterri. Le livre explore cette déchirure sociale, cette distance de classe qui persiste malgré l'amour qu'il porte à ses parents.
Depuis sa sortie, l’histoire de Jean-Philippe résonne chez beaucoup de lecteurs : « Ça me touche beaucoup parce qu’en causerie et au théâtre après le show, y’a surtout des hommes de 65 ans et plus qui viennent me voir pour me dire toujours la même chose : “On lit pas, mais on s’est fait dire de lire Rue Duplessis pis on vient te dire qu’on a compris ce qui nous est passé dessus pendant 65 ans”, pis là ils me braillent dans les bras. C’est du monde en qui on voit de la masculinité toxique. Par le biais de mon livre, grâce au pouvoir de la littérature, j’ai accès à autre chose en eux, et eux aussi. C’est l’affaire que je n’avais pas prévue, pis ça me jette à terre chaque fois. »
Voir Rue Duplessis: Ma petite noirceur
Dans un très court paragraphe de Rue Duplessis, Jean-Philippe avait mentionné qu’il verrait bien son histoire portée au théâtre, à l’instar de certains récits d’auteurs français comme Didier Eribon ou Annie Ernaux. Cette mention a tout de suite capté l’attention d’un membre de l’équipe du Théâtre Duceppe : « J’ai reçu un courriel avec la capture d’écran de ce passage, » raconte l’auteur. David Laurin, codirecteur artistique, qui signe l’adaptation du livre, et Jean-Simon Traversy, codirecteur artistique chez Duceppe, étaient convaincus que Pleau se devait de jouer son propre rôle, malgré les protestations de celui-ci, qui n’avait jamais fait de théâtre ni d’improvisation de sa vie. « Je pouvais comprendre, en tant que réalisateur et producteur de mon émission de radio, qu’il y avait une plus-value à ce que je joue mon propre rôle, raconte Jean-Philippe, mais je leur ai expliqué qu’en 2008-2009, toutes mes peurs de l’enfance ont culminé dans un trouble panique avec agoraphobie. » À cette époque, il n’arrivait plus à sortir de chez lui. Il appréhendait donc de se retrouver dans le même état une fois devant la foule du Théâtre Duceppe. « Par professionnalisme, j’ai dit que j’aimerais qu’il y ait une doublure qui soit engagée et ça a été bien accueilli. Ça m’a rassuré de savoir qu’il y aurait un comédien [Jean-François Poulin] qui apprendrait tout mon texte. Malheureusement pour lui ou heureusement pour moi, il n’a pas eu à faire de représentations. Mais si je suis parvenu à monter sur scène soir après soir, c’est que Jean-François m’a permis d’avoir une confiance en moi que je n’aurais pas eue sans sa présence. »
Par sa grande expérience, Jean-François Poulin a apporté un soutien inestimable à Jean-Philippe Pleau en lui permettant d’évacuer l’angoisse de performance reliée à cette initiation à la scène. La metteure en scène Marie-Ève Milot a aussi permis que la vulnérabilité de Jean-Philippe devienne la matière première de la pièce, bien que les dialogues soient aussi très comiques.
Que vous suiviez ou pas l’émission de radio Réfléchir à voix haute et que vous ayez lu ou non Rue Duplessis, vous trouverez dans la pièce une expérience sociologique universelle, touchante et intrinsèque à votre propre vie : une petite noirceur lumineuse.
Rue Duplessis – Ma petite noirceur
4 avril 2026 | 20 h
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives
30, boulevard du Séminaire N.,
Saint-Jean-sur-Richelieu, QC
J3B 5J4
Du lundi au samedi de 10 h à 18 h