11/10/2025

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Faire le bien : Un spectacle déjanté
Page 05 Faire le bien pas de crédit

Par Amélie Bélanger. Sortie l’an dernier au Rideau Vert, la pièce Faire le bien part en tournée au Québec et s’arrêtera au Théâtre des Deux Rives le 2 novembre prochain. Notre collaboratrice a assisté à une représentation récente à LaSalle et partage son expérience avec vous.

Une dizaine de jeunes personnes entrent sur scène et s’entassent au centre arrière, en bougeant comme dans un rave au ralenti. Des stalactites brunes tombent du plafond, tandis que des stalagmites montent en une forêt décharnée. Les jeunes se détachent du groupe un à un, ne laissant qu’un homme et une femme en scène. Cette mécanique sera réutilisée à plusieurs reprises durant la pièce, permettant la transition entre les tableaux.

Le premier sketch met en scène cet homme qui demande à cette femme s’il peut l’embrasser. Plutôt que de passer à l’action, les deux s’enchevêtrent dans une discussion impossible sur le consentement et la description des gestes amoureux qui seraient possiblement posés si celui-ci embrassait celle-là, gâchant ainsi toute l’envie du baiser. Et le ton est donné à cet enchainement de scènes parfois inconfortables mais toujours humoristiques, ayant pour fil rouge l’inclinaison tout humaine à vouloir absolument « faire le bien ».

La pièce débute avec des concepts familiers, puis avance vers des thèmes et des enjeux de plus en plus corsés, alors que les contextes se complexifient et explosent en une myriade de lieux, de personnages et même de dystopies nous menant à remettre en question nos biais et nos préconceptions de bien et de mal. Les relations de travail, les débuts de relations amoureuses, les avancées de la génétique et la grossesse, l’équité salariale, l’itinérance, la violence conjugale, même la guerre et la conquête spatiale passent dans le tordeur des deux auteurs de ces savoureuses histoires : François Archambault, que l’on connait déjà pour sa maitrise de l’humour acerbe et sa vision lucide de l’actualité, et Gabrielle Chapdelaine, une jeune autrice dont l’écriture se marie parfaitement à celle d’Archambault, si bien qu’on ne saurait pas toujours différencier qui a écrit quoi.

Bien que le projet était une commande de Claude Poissant pour mettre en valeur une brochette de finissants, rien ne ressemble à un show de débutant. Une distribution cinq étoiles de jeunes certes, mais pas inexpérimentés. Notons la performance de Mehdi Boumalki qui se détache du peloton avec sa palette d’interprétation très variée, allant du médecin spécialiste à l’itinérant, en passant par le gars sur la cruise, toujours avec une présence forte et un charisme indéniable. Léa Roy, que l’on a pu voir à la télévision dans L’Académie, entre autres, se démarque aussi par sa présence et sa répartie, poussant même quelques notes dans une complainte musicale mordante.

On ne peut passer sous silence la participation d’Ève Landry, tête d’affiche incontournable qui défend elle aussi plusieurs personnages différents. La comédienne, qui n’a plus rien à prouver, s’intègre très bien à la gang, et ne se retrouve pas à seulement camper les madames et les mamans. C’est bien là la force de ce spectacle : bien qu’écrit majoritairement pour des personnages dans la vingtaine, les sujets sont profonds, les enjeux plus qu’actuels et l’interprétation crédible et savoureuse.

M. Poissant, qui fut un fier défenseur de la relève théâtrale toute sa carrière durant, trouvait important d’offrir une voix aux finissantes et finissants, qu’ils aient des mentors signifiants et qu’ils se frottent à de grosses pointures. Le metteur en scène avait un bon instinct, car le résultat est original, décapant et rafraichissant. Je nous souhaite plus de show de théâtre où le jeu d’acteur est moderne et central, avec tout le reste à son service comme dans Faire le bien.

INFORMATIONS ET BILLETTERIE

Adresse

30, boulevard du Séminaire N.,
Saint-Jean-sur-Richelieu, QC
J3B 5J4

Heures de la billetterie

Du lundi au samedi de 10 h à 18 h


 

 

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