Virginie Brunelle signe sa plus grande création

Par Isabelle Laramée
Bien avant sa rentrée montréalaise dans le cadre de Danse Danse en février 2020, Les corps avalés de Virginie Brunelle sera présenté pour la toute première fois en salle, le 3 novembre prochain, au Théâtre des Deux Rives. Une œuvre attendue dans le milieu de la danse, la huitième de la chorégraphe phare de sa génération, qui mettra aussi en vedette le Quatuor Molinari, célébrant ainsi le dixième anniversaire de la Compagnie Virginie Brunelle.
La création est d’autant plus importante qu’elle marque aussi un tournant important dans le parcours artistique de l’artiste qui avait présenté À la douleur que j’ai en 2017. Il s’agit de l’œuvre la plus imposante en termes de présence scénique puisque sept danseurs prendront part à la production pensée pour être interprétée dans les grandes salles. « Ce sont nos plus grands plateaux, alors je travaille davantage le groupe, explique Virginie Brunelle en plein processus de création. Souvent, les moments les plus touchants d’une œuvre sont aussi les plus intimes. Mon défi était de transposer ça dans un groupe. Ça m’a donné un nouveau souffle. »

Voir Les corps avalés

Virginie Brunelle a travaillé avec la scénographe Marilène Bastien afin de bien habiter la scène et de communiquer le discours important de l’œuvre qui se veut une émouvante odyssée humaine à travers notre société actuelle. « C’est un nouveau domaine pour moi et c’est challengeant. On est constamment emmené à réfléchir. Ce sera une couche additionnelle de sens dans l’œuvre », dit-elle, ajoutant que sa collaboration l’a emmenée à intégrer un élément comme la tourbe synthétique avec laquelle les danseurs jouent. « Il y a une référence avec les petits lots de terrain, notre individualité. Quelqu’un l’installe même au sol au début, puis ça se transforme. Elle est fouettée, défaite, la terre revole, et à la fin, elle est transformée. »
Même si on ne reconnaitra pas le sujet des changements climatiques et politiques actuels qui ont inspiré l’œuvre au départ, les spectateurs seront à même de ressentir l’angoisse de la société. « Je pars de ces angoisses et je les transpose dans les mouvements », explique celle qui a travaillé le corps, le rythme, l’élastique en opposition à l’explosif. « On tente de se rassembler afin d’être solidaires, de faire des changements, mais tout s’évanouit à la fin. La physicalité est très présente et l'on ressent l’essoufflement et la fatigue des danseurs. »
Quatuor Molinari
Autre grand défi artistique de l’œuvre, la trame sonore des Corps avalés mélange des enregistrements musicaux et des performances en direct du Quatuor Molinari. Un beau cadeau pour celle qui a consacré son enfance au violon allant même jusqu’à rejoindre l’Orchestre des jeunes de la Montérégie ainsi qu’un quatuor à cordes. « La musique est très importante dans mes pièces. Pour la 10e année de la compagnie, j’ai voulu réunir les deux passions qui me font vibrer, la danse et la musique. Tout ça rend l’œuvre encore plus magique. »
Puisque le Quatuor Molinari est spécialisé dans le répertoire du 19e et 20e siècle, la chorégraphe a pigé dans les compositions contemporaines. « Ç’a été une petite contrainte, car habituellement j’aime passer d’une période à l’autre », dit-elle, ajoutant qu’elle a pu compter sur la collaboration de l’altiste Fred Lambert pour la création du corpus musical qui allie entre autres les pièces de Philip Glass, Henryk Górecki et Dmitri Shostakovich.
Virginie Brunelle a aussi travaillé avec le concepteur sonore Ben Shemie qui a notamment signé la musique d’UNFOLD | 7 perspectives de Danièle Desnoyers du Carré des Lombes présenté au Cabaret-Théâtre du Vieux-Saint-Jean en 2018. Un beau cadeau pour le public et pour la chorégraphe.
Photo Raphaël Ouellet

Compagnie Virginie Brunelle
3 novembre 2019 à 15 h 30
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives

Cette entrevue est tirée de l'édition de novembre du magazine l'Entracte! 

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