Valérie Milot : Fusionner harpe et violoncelle

Par Francis Hébert. C’est à un spectacle multimédia que nous convient Valérie Milot (harpe) et son complice Stéphane Tétreault (violoncelle). Avec Transfiguration, les artistes mêlent musique classique, éclairages projections, application pour le téléphone. L’immersion totale.

Au bout du fil, Valérie Milot partage son éclectisme. Elle n’évacue pas la délicatesse et la fragilité de son instrument de prédilection. Elle l’assume. Peut-être que la musicienne apprécierait ces vers de Francis Blanche : « Et quelle main de quelle antienne/voudra cette harpe effleurer/cette harpe où revient pleurer/au vent quelque douleur ancienne ».

Peine, certes, mais également joie et débordement. En 2011, elle avait consacré tout un disque au répertoire de Simon & Garfunkel en version instrumentale classique. Avec Transfiguration, elle se permet même une reprise du groupe de rock progressif Gentle Giant ! « C’est un goût qui me suit depuis longtemps. J’en fais souvent écouter à Stéphane. C’est une personne très ouverte, qui écoute toutes sortes de musiques. On a chacun nos petits dadas, lui il me fait découvrir des choses en musique pop », raconte celle qu’on a déjà pu voir jouer avec Stéphanie Boulay, Pierre Lapointe, Jorane, Isabelle Boulay… « J’ai toujours du plaisir à me baigner dans un univers différent du mien. »

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Pour ce nouveau projet, Milot et Tétreault ont creusé : « On a commandé plusieurs nouvelles musiques, composées pour nous. Par exemple, Marjan Mozetich, un compositeur de l’Ontario. C’était naturel pour nous de lui demander une pièce pour violoncelle et harpe, ce qu’il n’avait pas encore dans son répertoire. » Le résultat est la pièce centrale du disque : Transfigured Sentiment. Elle décoiffe, chamboule, et a inspiré le titre de l’œuvre. Elle côtoie sur l’album Camille Saint-Saëns, Alexandre Grogg, François Vallières, Caroline Lizotte, Kelly-Marie Murphy… Ils souhaitaient vraiment des pièces dans lesquelles les deux instruments avaient une place primordiale. Ils se partagent ainsi les premier et deuxième rôles.

« Le concept du spectacle, c’est la transfiguration, une sorte de fusion entre Stéphane et moi. On le commence à distance, séparés, et on le finit en fusion. C’est pour imager ce que la musique peut nous faire vivre, fusionner avec des sentiments, des souvenirs. Le morceau Le cygne, c’est un collage, comme un voyage qui décrit notre collaboration. Ça fait dix ans que nous collaborons, on est très amis dans la vie et je pense que ça se voit sur scène. Quand on fait ce métier-là, c’est difficile de trouver des gens avec qui on se sent vraiment compris, avec notre mode de vie qui est hors du commun, à l’envers de tout le monde… »

Les deux amis voient loin. Cette tournée est déjà prévue pour durer au moins cinq ans. L’Europe suivra le Québec. « On a voulu offrir un visuel qui est plus près de ce qui se fait dans la pop, mais sans dénaturer ce qu’est un concert de musique classique. Le répertoire reste celui qu’on jouerait sans artifices dans une salle traditionnelle. Mais on met beaucoup l’accent sur le visuel : un gros décor qu’on a fait construire, des projections, une plateforme sur laquelle on se déplace. Je tenais à ce que les spectateurs se sentent impliqués, pas intimidés comme ça peut arriver dans les concerts classiques. On veut abolir ces conventions. »

Pour plus d'informations : valeriemilot.com/fr

Crédit photo : LEFAR

Transfiguration
25 septembre 2022 à 15 h 30
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives

* Cette entrevue a été initialement publiée dans l’édition de juin 2022 du magazine L’Entracte. Pour consulter la version intégrale, cliquez ici.

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