Sarahmée : Magnétique

Par François Marchesseault. Dans le rap percutant de Sarahmée se trouvent des mélodies qui attirent, tel un aimant, même les mélomanes qui se croient fermés au genre musical. Un rap qui interpelle par sa vivacité, son intelligence, sa portée sociale et son accessibilité.

Avant l’écoute d’Irréversible, son deuxième album paru en 2019, j’étais encore réticent au rap. Irréversible est arrivé. Petite bombe musicale de quatorze titres où l’on trouve l’addictive T’as pas cru. En septembre dernier,

voilà que Sarahmée revenait avec l’album Poupée russe. Cette fois, l’explosion rap est totale : je suis conquis.

Qu’est-ce qui se trouve dans le rap de Sarahmée qui séduit les plus irréductibles ? La lumineuse musicienne tente d’y répondre : « Ce sont des structures qui peuvent rappeler aux gens des chansons plus populaires, mais en même temps on y va avec des couplets de rap où l’on trouve des punchlines. » Oui, des phrases qui frappent, il y en a beaucoup dans les chansons de Sarahmée. Je pense aux paroles de la chanson Poupée russe: « Le racisme est systémique / L'élite nous prend pour des débiles (Wooh) / Le respect se mérite, j'suis ton ancienne, pas ta p'tite (Bâtard). » Boum !
Sarahmée poursuit : « J’aime aussi que les mélodies soient fortes. Je trouve que c’est vraiment important que les mélodies accrochent l’oreille. Que les percussions soient présentes. Que l’on mette des cuivres, que l’on aille chercher des instruments plus organiques aussi. Je pense que c’est un mélange de tout ça qui rend ce que je fais accessible à un plus large public ». Le rap est arrivé très tôt dans la vie de la chanteuse, alors qu’elle avait neuf ou dix ans. C'est peut-être ce qui lui a permis de s’approprier cette musique. Un courant musical qui s’imposait tout naturellement à elle : « Je ne pense pas que je serais allée vers du folk ou un autre style de musique, car le rap c’est vraiment quelque chose qui me parlait, qui me ressemblait, qui était pour moi le moyen d’expression de choix. Ça allait de soi. Ça fait partie d’une culture que je connaissais. »

La musicienne née à Dakar, au Sénégal, pose le rap au centre de ses pièces. Autour, elle greffe ses influences, ses goûts musicaux éclectiques. De la pop, de l’électro : l’artiste explore. Elle construit ses mélodies, ses grooves, ses beats sur une émotion. De cette émotion, elle laisse les paroles venir à elle. Sarahmée accorde une grande importance à la langue, aux mots choisis : « Je travaille beaucoup les textes, leur structure, l’histoire, les rimes, les figures de style pour que ce soit imagé […] Quand je dis une phrase, il faut que tu comprennes tout de suite ce que je veux dire, par les images, par la manière dont je l’ai tournée. » Ses chansons abordent des sujets de la vie qui la touchent. Féminisme, racisme, sexisme et injustice sociale : oui, le rap de Sarahmée est engagé.

Ça ébranle parfois, mais surtout, ça donne envie de bouger. D’inspirer profondément et se sentir bien vivant. Sur scène, pour faire vibrer le public, Sarahmée s’entoure de deux danseuses ainsi que d’un DJ/guitariste. Une formule qui donne une suite de moments dynamiques, d’autres plus intimes. Je suis vendu à sa musique, sa personnalité, sa démarche artistique. Mais, Sarahmée, que dire à ceux et celles qui pourraient être réticents ? « Ils vont passer une belle heure, ils ne seront pas assis tout le long. On se lève, ça bouge. Juste pour se changer les idées, découvrir quelque chose, vivre cette expérience-là, il faut venir. »

Laisser l’aimant Sarahmée nous attirer jusqu’au Cabaret, ouvrir grands les bras et se laisser happer par son rap…

sarahmee.com
Crédit Photo Alexis Belhumeur

Sarahmée
2 décembre 2021 à 18 h
Cabaret-Théâtre du Vieux-Saint-Jean
Places réservées

 

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