Queen Ka :Intense et bouffonne complicité

Par Jennifer Tremblay. Selon Elkahna Talbi, alias Queen Ka, si Fol ouvrage (Torcher des paillettes) tourne depuis 2018, c’est grâce au support du Circuit Paroles Vivantes qui soutient et valorise ce type de production. Amélie Prévost et elle s’amènent donc enfin dans la région pour présenter leur pétillant duo.

« Nous sommes deux clowns à la fois lyriques, tragiques et poétiques », m’explique Elkahna au téléphone, alors qu’elle se trouve justement en Normandie avec sa complice et d’autres poètes en résidence. Ensemble, ils préparent un « spectacle transatlantique. »
Fol ouvrage, quel titre ! « C’est un spectacle actif, festif, glam, et en même temps drôle et profond… » C’est exactement ce qu’annonce la flamboyante affiche, qui évoque à la fois la fête et le quotidien trivial. « On parle de thèmes proches de nous : la vie de couple, l’amour, l’amitié. Les hommes. Notre rapport au monde. »

« On aime ce spectacle parce qu’il est intense et fou », poursuit Elkahna. Et qu’en disent les spectatrices et spectateurs, en un mot, jusqu’à maintenant ? « ‟ Brillant ” est le mot qui revient le plus souvent : brillant dans le sens de lumineux, mais aussi dans le sens d’intelligent. » Fol ouvrage est un spectacle combinant le théâtre, la poésie et le conte. Ce qui fait le plus plaisir aux deux poétesses, c’est d’avoir réussi à toucher tous les genres de spectateurs. « Il y a plusieurs couches de sens dans les textes. Ce n’est pas un spectacle uniquement pour les littéraires. Il y a l’interprétation, la mise en scène et la bande sonore qui accompagnent les mots. Donc personne ne reste en plan ! »

Amélie et Elkahna se sont rencontrées au moment où elles découvraient le slam. « On était d’abord des comédiennes de métier. Mais toutes les deux, on écrivait. Le slam implique ces deux disciplines. Exactement ce qu’il nous fallait pour nous épanouir artistiquement. »

Voir Amélie Prévost et Queen Ka

En 2016, en résidence en Normandie, elles ont débuté ensemble l’écriture d’un spectacle qui allait devenir un Fol ouvrage. « On a d’abord parlé de notre rapport à notre corps. Moi, je voulais cesser d’être dans ma tête pour être juste un corps. Amélie, elle, parlait de son désir de ne plus avoir de corps. » L’influx de départ était donné. « En plus d’avoir des parcours similaires, on a les mêmes références scéniques, la même rigueur et la même humilité. On évolue parce qu’on cherche, on creuse, on explore… » Au bout du compte, impossible de savoir quel texte appartient à quelle autrice : elles ont réussi à créer un univers et un style qui n’appartient qu’à ce spectacle et forme un tout cohérent qui tourne depuis quatre ans maintenant, et ce de la manière la plus aisée qu’on puisse imaginer : « On voulait un spectacle qui rentre dans une seule caisse et se transporte dans une petite voiture ! On a réussi ! »

En trois adjectifs, Elkahna me décrit sa complice de scène. Elle se lance d’abord sans hésiter : « Elle est appliquée, bouffonne… » Puis, après quelques secondes de réflexion, dans un grand éclat de rire : « … et insomniaque ! »

Elkahna Talbi a récemment publié son second recueil de poèmes, Pomme Grenade chez Mémoire d’encrier, lequel suit de près un autre recueil chez le même éditeur, Moi, figuier sous la neige. Pourquoi ne pas avoir publié sous le nom de Queen Ka ? « Il y a une distinction à faire entre moi qui monte sur scène et moi qui publie des livres. Ces livres sont intimes, personnels. Queen Ka, c’est la bête de scène, c’est l’identité qu’il me fallait pour casser la baraque ! En prenant ce nom de scène, je me suis donné un coup de pied. »
Ses clips, disponibles sur YouTube, dont certains remontent à plus de dix ans, ont très bien vieilli visuellement, tandis que leurs thèmes sont toujours d’actualité. Queen Ka a produit beaucoup de matériel, plusieurs spectacles, et a exploré bien des genres. « Je reviens toujours aux mêmes thèmes, mais maintenant, j’adoucis un peu les coins… » Quel est son bilan de ses quinze années de création ? « J’ai pris du galon. Et la poésie se porte bien. La parole poétique est de plus en plus appréciée. La preuve, il y a de plus en plus de poètes qui montent sur scène justement parce qu’on veut les entendre. »

Le mot de la fin est à elle, lui dis-je. Sans hésiter, elle m’annonce : « Je suis super heureuse d’aller présenter le spectacle à Chambly : ma belle-famille habite la région ! Et puis j’aimerais beaucoup beaucoup que Ricardo vienne voir le show. »
- Tu le connais ? Tu lui en as parlé ?
- Non, mais si tu l’écris dans ton article, il viendra peut-être ?
On ne peut rien refuser à une reine !

Amélie Prévost et Queen Ka
11 février 2023 à 20 h
Salle Emma-Albani
Pôle culturel de Chambly

Photo Julie Artacho

Cette entrevue a été publiée dans l'édition de février 2023 du magazine l'Entracte de la SPEC du Haut-Richelieu. Pour consulter l'édition en cours, cliquez ici.  

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