Matin Petit : s’amuse à fouler les terrains minés

Par Yves Mallette
Dans son quatrième spectacle solo en carrière intitulé Pyroman, Martin Petit gambade dans les terrains minés comme il l’a fait dans son spectacle précédent alors qu’il s’amusait de nos tabous. Cette fois, il s’attaque à l’épidémie de censure, question de se déculpabiliser… en riant un bon coup.
« Pyroman, c’est la suite logique de Micro de feu. Mais je vais moins dans les tabous. Je m’attarde surtout au réflexe d’autocensure que nous avons développé par la force des choses. Je prends les sujets brûlants un à un, je les attaque de front et je défais les nœuds », illustre Martin Petit.
Voir Pyroman
À peu près tous les sujets délicats y passent : l’école, le voile islamique, le Pacte de l’environnement, la culpabilisation des parents, les scandales sexuels dans l’église, la pédophilie en général et d’autres points qui donnent lieu à des malaises et qui embrasent les esprits. Bref, de quoi exciter la frilosité ambiante alimentée par les réseaux sociaux.
Un spectacle déculpabilisant
Martin Petit veut manifestement nous soulager un peu : « Je fais partie de la classe moyenne, comme mon entourage, comme mes voisins et je constate qu’on met beaucoup de pression sur nos épaules. Mais les raisons pour lesquelles on se sent coupables ne sont pas aussi justifiées qu’on nous le laisse croire. C’est ce que je veux mettre en évidence. C’est pourquoi je décris mon spectacle d’humour comme très déculpabilisant. » Une sorte de libération par le rire en somme.
Assis dans les premiers sièges autour de l’arène où se mesurent liberté d’expression et censure, plusieurs humoristes captent l’air du temps et jonglent avec l’autocensure. Martin Petit, lui, ne s’en fait pas trop : « Le désir de censurer les humoristes, ce n’est pas nouveau. C’était là quand j’ai commencé et ce sera toujours présent, mais sous différentes formes. »
Martin Petit opte encore pour la formule du stand-up et comme dans ses deux spectacles précédents, il n’y a aucune coupure. Le train démarre au lever du rideau et s’arrête une heure et demie plus tard : « On ne sent pas les numéros, tout se tient. »
À noter que le spectacle porte la signature de Martin Petit de bout en bout. Écriture, mise en scène, décors… c’est lui seul qui s’est occupé de tout. C’est la première fois en vingt-huit ans de carrière qu’il procédait ainsi et il ne regrette pas l’expérience. Parlant de première, quelque chose d’assez particulier a marqué le processus de création. « Il y a un gag d’à peine trente secondes qui est très efficace dans le spectacle. Ce gag m’est venu en rêve. Je l’ai écrit mot pour mot dès mon réveil. C’est la première fois que ça m’arrive. C’est vraiment un cadeau du ciel. Si ça m’arrivait tout le temps, je serais l’humoriste le plus productif au monde », raconte en riant le créateur, auteur et principal interprète de la télésérie Les Pêcheurs.
Justement à cause des cinq saisons de cette télésérie diffusée à Radio-Canada de 2013 à 2017, l’artiste a longtemps été absent de la scène. Mais ses vieux réflexes sont vite revenus dès la période de rodage, principalement au Bordel Comédie Club, ce cabaret dédié à l’humour et mis sur pied par plusieurs humoristes connus… dont Martin Petit.
« J’ai peaufiné mon show en donnant une vingtaine de représentations au Bordel. Cette salle que nous avons nous-mêmes fondée représente un très bel outil de travail pour les humoristes », note Martin Petit qui a aussi fait quelques apparitions en région pour tester son œuvre.
Et un peu partout, la réaction des gens lui a permis de constater qu’il avait du très bon matériel sous la main. C’est donc un Martin Petit en feu (!) qui repart pour une autre tournée avec Pyroman.
www.martinpetit.com

Martin Petit
24 avril 2020 à 20 h
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives

 Cette entrevue est tirée de l'édition de novembre du magazine l'Entracte! 

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