Martin Fournier : Filmer dans l’ombre de Serge Thériault

Par Isabelle Laramée. Ils étaient partis à la recherche de Serge Thériault dans le but de faire un documentaire sur lui en 2019. C’est plutôt sur sa femme Anna, sa fille Mélina et les voisins Robert et Jolande que les documentaristes Martin Fournier et Pier-Luc Latulippe ont braqué leurs caméras. Car Serge Thériault ne souhaitait alors voir personne ni sortir de chez lui, prisonnier de la dépression.

D’emblée, mentionnons que le film qui sortira en salle le 19 novembre a été tourné à l’insu de Serge Thériault, mais que sa sortie a été autorisée par le principal intéressé. « Jamais on n’aurait sorti le film sans son autorisation, lance le réalisateur Martin Fournier. On faisait le film pour lui alors il devait être en accord. » Durant l’entretien, Martin Fournier revient plusieurs fois sur le fait que le projet a été amorcé dans le désir d’aider Serge. Mais comment est-ce qu’un film peut aider une personne atteinte d'une profonde, très profonde, dépression ? Voici l’histoire derrière l’écran.

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Lorsque les documentaristes ont croisé le chemin d’Anna pour la première fois, celle-ci leur a expliqué que Serge Thériault n’était pas sorti de sa maison depuis maintenant six ans. On est alors en 2017. Poussés par leur sincère admiration pour celui qu’il considère comme un des meilleurs acteurs que le Québec a connus, les cinéastes décident alors de tenter d’aider Anna dans son désir d’aider son époux. Mais aussi pour soutenir Anna qui, comme tant d’aidantes naturelles, en arrive à l’épuisement. Elle attendait un miracle, raconte Martin Fournier. Ils se sont dit qu’il fallait le provoquer.

« On a tissé une relation d’amitié et d’entraide avec Anna, Mélina, Robert et Jolande, raconte Martin Fournier qui a étudié en psychologie avant de prendre place derrière la caméra. On se demandait comment faire. On a appelé des ressources… Mais on voyait que ça n’arrivait pas. Quand on commence un projet comme celui-là, on ne sait pas comment ça va finir. On y est allé journée par journée et l'on se disait que ça allait finir par aboutir à quelque chose. On y croyait. On a été ébloui par ce qui est arrivé. Ça nous a touchés. »

C’est qu’au fil des démarches avant et pendant le tournage qui a débuté en 2019 et qui s’est déroulé sur deux ans, Serge Thériault a repris du mieux. Tranquillement. Avec l’amour de ses proches, il a franchi le seuil de la porte qui le tenait dans la pénombre. Cette scène lumineuse par un beau soleil d’été est d’ailleurs parmi les plus touchantes du film.

Il faut dire que les parts d’ombre sont omniprésentes dans le documentaire produit par Cheval Films dont le sujet est le lent retour dans la lumière de Serge Thériault et l’essoufflement de ses proches. Filmé en huis clos dans le demi-sous-sol de sa maison, le film dresse un portrait similaire au cinéma direct qui a tant inspiré les documentaristes de l’époque. On est près des gens, parfois vraiment très près. Dans leur quotidien. Dans les grands moments. On se retrouve dans la profonde intimité de ces gens qui ouvrent leur porte et leur cœur. « C’est naturel, confie celui qui avait coréalisé avec Pier-Luc Latulippe le documentaire Manoir. J’ai étudié en psycho et j'ai voulu savoir comment entrer en contact avec des gens pour connaitre leur vraie nature. J’aime parler au monde et les écouter. Quand on écoute les gens, ils finissent par nous parler des vraies affaires. C’est juste du bon et du positif à la fin. »

Et puis, comment va Serge Thériault ? « La santé mentale, ce sont des hauts et des bas », lance Martin Fournier qui est resté en lien avec Anna.

Crédit photo Bianca Desjardins

Dehors Serge Dehors
24 novembre 2021 à 19h30
Salle desjardins
Théâtre des Deux Rives

Cette entrevue a initialement été publiée dans l'édition de décembre 2021 du magazine l'Entracte de la SPEC du Haut-Richelieu. Pour consulter l'intégral, cliquez ici

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