Mani Soleymanlou : un processus créatif hors de l’ordinaire

Par Marie-Pier Gagnon. Après être monté sur scène pour parler de sujets qui lui tiennent à cœur tels l’identité, le rapport à l’autre et l’immigration, le dramaturge et metteur en scène Mani Soleymanlou s’amène au Théâtre des Deux Rives avec une nouvelle création, Neuf [Titre provisoire]. Du théâtre autofictionnel où il donne la parole à cinq grands comédiens et comédiennes d’une même génération qui se retrouvent pour réfléchir sur la vie… et la mort.

La pièce prend place dans un salon funéraire. Un ami est décédé. Henri Chassé, Pierre Lebeau, Marc Messier, Mireille Métellus et Monique Spaziani se retrouvent le temps de faire leurs derniers adieux au mort. L’endroit est propice aux échanges, à la nostalgie, aux rires même. La discussion s’anime, les confidences s’enchainent laissant au public le bonheur de redécouvrir les personnalités publiques qui se trouvent devant lui.

Voir Neuf [titre provisoire]

Les artistes jouent leur propre rôle. Parlent avec leurs propres mots. C’est là la magie de Neuf [Titre provisoire], une pièce où la fine ligne qui sépare la fiction de la réalité est enveloppée de flou. En tant qu’auteur, Mani Soleymanlou s’est inspiré de discussions tenues entre eux au début du processus de création. Il a tout enregistré, transcrivant des pages de mots pour ensuite réécrire chaque lettre, chaque hésitation, chaque silence et construire son histoire.

L’écriture de plateau
Une méthode similaire à l’écriture de plateau qui, explique-t-il, permet de conserver l’essence instinctive d’une discussion, son aspect déconstruit aussi.
« Pour le comédien, le défi de retrouver le chemin mental [de ses propos] amène un naturel que j’aime beaucoup. » Sans oublier que les sujets abordés, de la Révolution tranquille à la réalité des corps vieillissants, sont infiniment intimes, vrais. « C’est là, dit-il, la recette pour atteindre le cœur des gens. »

N’empêche qu’il y a bel et bien une part de fiction. Mais à quoi bon la chercher ? Même les artistes se font prendre au jeu tellement l’écriture respecte leur verbatim, s’amuse à confier l’auteur. Ce dernier invite plutôt les spectateurs à se laisser porter par la discussion qui prend ultimement la forme d’une pièce de théâtre dans une pièce de théâtre se déroulant… dans un salon funéraire.

Un travail qui énergise
C’est ce que lui-même a fait au moment d’entamer le processus de création en 2018, curieux de découvrir une génération à laquelle il n’avait encore jamais donné la parole par l’entremise de ses écrits. Originaire d’Iran, il dit d’ailleurs être ressorti des répétitions avec une meilleure compréhension de l’histoire du Québec et la confirmation que le métier permet de rester jeune. « Voir autant de liberté, de collégialité et de plaisir m’a énergisé. »

Retrouver les cinq artistes chevronnés après de longs mois de pause a d’ailleurs été, pour le metteur en scène, un plaisir bien au-delà d’un défi. « Retrouver cette énergie-là demande du travail, mais pour les comédiens et comédiennes, leur corps s’en souvient. On se souvient d’un rythme », explique Mani Soleymanlou. Ce dernier s’y connait bien en la matière étant lui-même un habitué de la scène et de la télévision. Récemment, le public a pu apprécier son talent dans les séries Survivre à ses enfants et M’entends-tu ?.

Étonnement, même s’il a vu plusieurs de ses créations briller à l’international, ses pièces n’ont pas encore eu l’occasion de voyager au Québec. Partir sur la route avec Neuf [Titre provisoire] est donc une première qu’il anticipe avec fébrilité. « On a hâte de voir comment les gens vont réagir », dit-il, considérant qu’il y a un peu de tout pour tout le monde dans cette production qui touche toutes les générations.

La carte magique ? L’humour. Il est présent tout au long de la pièce, facilitant du même coup cette connexion entre le public et les artistes. Une technique souvent associée au travail de l’auteur. « Je prends un malin plaisir à faire rire, puis, la réplique suivante, à aller dans un sujet dense. L’humour amène une écoute plus libre pour les spectateurs », de conclure Mani Soleymanlou.

Crédit photo Valérie Remise

Neuf [Titre provisoire]
Vendredi 7 janvier 2022 20 h
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives

Cette entrevue a initialement été publiée dans l'édition de décembre 2021 du magazine l'Entracte de la SPEC du Haut-Richelieu. Pour consulter l'intégral, cliquez ici

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