Mafane : le goût des autres

Par Francis Hébert. Dans l’univers de la conteuse Mafane, il y a l’exil, l’immigration, la mer, la douleur, mais il y a aussi l’envie d’aller vers les autres, à la rencontre de ceux qui possèdent un autre bagage, une manière différente de parcourir le monde.

Au civil, elle s’appelle Aurore Alessandra et elle est née sur l’île de La Réunion. On se rappellera, dans le répertoire du chanteur Graeme Allwright, deux chansons d’exception qui font référence à ce coin de pays : la classique P’tite fleur fanée, et la délicate La Réunion, métaphore du désir de voir les peuples étrangers se réunir. Comme Allwright, Aurore a pris son sac et elle est partie ailleurs voir ce qui s’y passe, comme une main tendue. En traversant l’Atlantique, elle s’est posée à Ottawa où l’attendait un boulot de traductrice, puis à Montréal où elle a pu s’épanouir en fréquentant les nombreuses soirées de contes.

Voir le conte de Mafane

« Petite, à La Réunion, j’ai entendu des conteurs, mais c’était uniquement pour les enfants. Ensuite, partout dans le monde, il y a eu un renouveau du conte. J’ai fait mes études en Suisse, et une des premières personnes que j’ai rencontrées à Genève, c’est une conteuse. On est devenues amies. Elle m’a invitée à l’un de ses spectacles et j’ai été complètement subjuguée par ce qu’elle était capable de faire, juste par la parole. Tout un univers qui se créait. Le temps s’arrêtait, je n’en avais plus la notion. J’étais fascinée. En 2008, quand je me suis installée à Ottawa, j’ai voulu explorer le conte, alors j’ai suivi un cours d’initiation. Au début, j’en faisais un peu en dilettante, si quelqu’un m’appelait… Puis, en 2013 ou 2014, je suis allée à Montréal pour consolider mes bases. Le milieu du conte est très accueillant et bienveillant, ça m’a permis de me développer une famille. Ça permet aussi de grandir, de trouver sa place. Et ce qui m’intéressait : écouter les autres conteurs. Encore maintenant, je lis énormément de contes : plusieurs centaines par année. J’ai une bibliothèque qui désespère mon conjoint. » Aujourd’hui, Aurore Alessandra vit dans l’Outaouais.

Elle présente actuellement sa troisième création scénique, La ruée vers l’autre. Le sous-titre est évocateur : Histoires de traversée. Bien de son temps, ce projet se décline sur trois plateformes : un livre, une baladodiffusion que l’on peut écouter librement et gratuitement sur Internet et un spectacle : « Au final, ce sont trois œuvres, mais qui ont la même substance. Ce sont les mêmes histoires, mais retouchées. Tout est parti du spectacle, c’était la base. C’est comme ça que l’éditeur Planète rebelle m’a approchée pour la publication du livre. Je n’avais jamais rien écrit, ce sont des histoires que je travaillais mentalement. La matière première, c’est l’oral. Je prends juste des notes, pour me souvenir des idées. Je travaille beaucoup de mémoire, par visualisation. Soit je vais marcher, soit je vais m’asseoir dans un coin, sans interférence autour de moi, de préférence dans la pénombre, pour laisser les images monter, comme si c’était un film. Pour la version balado, on s’est demandé ce que le son pouvait raconter à ma place. » D’où l’ajout de petits bruits pour créer une ambiance sonore.

Sur scène, elle sera seule, avec ses mots qui ouvrent vers l’imaginaire.

Crédit photo Xuân Ducandas

Mafane
28 janvier 2022 à 20 h
Pôle culturel de Chambly
Places réservées

Cette entrevue a initialement été publiée dans l'édition de décembre 2021 du magazine l'Entracte de la SPEC du Haut-Richelieu. Pour consulter l'intégral, cliquez ici

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