L’âme klezmer d’Oktopus

Par Francis Hébert
Le klezmer est à l’honneur avec le groupe montréalais Oktopus dans une soirée qui s’annonce à la fois festive, dansante, mais également percée d’airs lancinants, mélancoliques.

« Le klezmer, c’est la musique des Juifs d’Europe de l’Est. Elle a surtout été développée aux 18 et 19e siècles dans les petits villages de Pologne, Hongrie, Lituanie, Roumanie… Elle était beaucoup utilisée dans les cérémonies, les mariages. Mais elle n’est pas pour autant toujours joyeuse, il y a des moments plus tristes qui témoignaient de l’histoire du peuple juif », nous explique au bout du fil Gabriel Paquin-Buki, le clarinettiste et compositeur de l’octuor instrumental.

On doit à Oktopus deux albums. D’abord, Lever l’encreRi en 2014. Sur Hapax (2017), en nomination aux Juno, on peut entendre la collaboration de Jorane et Karen Young, mais également une version musicale du P’tit bonheur de Félix Leclerc ou d’une réinterprétation de Brahms avec de la derbouka ! On voyage beaucoup en écoutant ces notes métissées, avec une belle démarche éclectique : « On a choisi la musique traditionnelle comme projet, mais dans le fond, le but c’est de la revitaliser, lui donner un second souffle. Dans notre groupe, on évolue, il y a des membres qui changent, mais on cherche toujours à offrir un aperçu le plus complet possible du klezmer et des liens qu’on peut faire avec la musique classique et québécoise. »

Voir Oktopus

Et comment trouve-t-on le bon dosage entre chacune de ces composantes ? « La base, ça reste le klezmer. Nos racines sont là. La musique d’Europe de l’Est, en général, a inspiré beaucoup de compositeurs classiques. Sans vouloir la déformer, on cherche à intégrer au klezmer des éléments d’autres cultures. Pour les chansons québécoises, on veut que ce soit des clins d’œil. Quand on va jouer à l’étranger, c’est important que les spectateurs sachent que l’on vient du Québec. On ne veut pas sonner comme un groupe européen ou new-yorkais. On baigne aussi dans la musique qu’on entend autour de nous depuis qu’on est jeune. » Cet hiver, Oktopus jouera dans un festival en Allemagne, un pays qui, selon Paquin-Buki, est très friand de klezmer. Tous les membres de la formation viennent de la musique classique : « En 2010, j’étais étudiant à l’Université de Montréal, j’ai recruté des amis et collègues avec qui j’étudiais. Je voulais jouer du klezmer, mais il n’y a pas toujours de partitions de cette musique-là. Je les ai donc écrites pour les huit musiciens. C’était dans le cadre de concerts de musique de chambre à l’université. »

Après l’âme slave, voici l’âme klezmer, elle alimente le travail d’Oktopus. Musique pour danser ? « Pas seulement. Le peuple juif y a mis toutes les larmes de son histoire plutôt tragique, il a été énormément persécuté… Mais c’est sûr que ça finit le plus souvent dans la joie, le rire. On a également des improvisations lentes, et c’est une part importante. C’est comme s’ils disaient : malgré tout ce qui nous est arrivé, il faut continuer à chanter, à fêter, à se réunir. Pour que la fête ait du sens, il faut qu’il y ait eu de la mélancolie. »

Cette entrevue a initialement été publiée dans l'édition de février 2020 du magazine l'Entracte.

9 février 2020 à 15 h 30
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives

 

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