Jean-Michel Blais : virtuose globe-trotter

Par Francis Hébert. Le pianiste et compositeur québécois Jean-Michel Blais a fait de Montréal son point d’ancrage, mais il parcourt la planète depuis des années, de l’Amérique du Sud à Berlin. Cet hiver, il fera paraitre son troisième album original, qu’il viendra proposer aux spectateurs johannais.

L’entretien avec Jean-Michel Blais a lieu début octobre. Il parle couramment et abondamment de son album. Lequel ? Son troisième, celui qui est fini, prêt, mais qui ne paraitra que dans quelques mois pour des raisons de marketing. Avec son succès, il doit désormais jongler avec les lois du marché. Lui, il se concentre sur le volet artistique, et laisse ses maisons de disques gérer le reste.

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Si Blais avait composé et enregistré son opus précédent la nuit, c’est tôt le matin qu’il vit et travaille désormais, entre le jogging et les entrevues. Déjà bien réveillé et extrêmement volubile, au point où les questions prévues ne seront pas toutes posées. Il fait partie de ces rares artistes où il suffit de lancer un mot pour qu’une longue réponse fuse : « Pour le nouveau spectacle, je ne sais pas encore ce que je vais faire. Je ne suis pas friand des projections visuelles : je trouve que parfois ça pallie une musique qui est un peu faible. Ça fait un beau tout, mais ta musique devient comme une trame sonore. Je souhaite plutôt que les gens fassent leurs propres projections dans leur tête. Sinon, ça rend le public passif. Mais parfois, c’est quelqu’un qui me dit : hé, j’ai pris ta musique et j’ai fait une chorégraphie dessus. Dans ce temps-là, je capote, je suis content. Quand on me demande d’utiliser ma musique pour ci et ça, je dis tout le temps oui. Je ne parle pas des pubs, mais des étudiants par exemple. L’art qui inspire l’art. Ça donne un sens. Mais pour la scène, ça fait un an et demi qu’on est devant nos écrans, il est temps de passer à autre chose. » Il est fort probable que la nouvelle tournée sera concentrée sur les notes de piano et des quelques musiciens qui l’accompagneront.

À quand remonte la découverte de la musique chez Blais ? « À la maison, il y avait un orgue. Ma mère en jouait un peu. Je viens d’une famille de classe moyenne, typique de la région. Une petite ville, une petite vie. Mettons que ce n’était pas la haute culture. Vers onze ans, je suis tombé sur un piano chez un de mes amis. Ça a été une espèce de coup de foudre, raconte-t-il simplement. Cet ami venait de déménager dans mon coin. Chez lui, il y avait ce piano à queue, de magnifiques toiles aux murs, faites par sa famille, de la littérature, des débats politiques… J’ai pris des cours de piano avec Luce, une prof qui était vraiment cool. Je composais et j’improvisais déjà à onze ans. C’était nul, mais elle a réussi à me prendre par la main pour structurer tout ça. »

Plus tard, il lâche un peu la musique et commence à voyager : « En sortant du Conservatoire, j’ai arrêté pendant dix ans environ. Je jouais juste du piano pour le fun. Je suis parti en Amérique latine, j’ai appris l’espagnol, j’ai vécu là-bas un bout. Après, je suis devenu prof de cégep en éducation spécialisée. Je voulais aider les gens, donner un sens à la vie. »

Jean-Michel Blais est ensuite retourné à la musique, il est parti vivre à Berlin, où il découvre le monde de la nuit, de l’électro et de la danse. Il s’immerge dans la culture allemande, au point d’apprendre la langue. Aujourd’hui, il essaie d’assimiler le russe, il multiplie les voyages en avion, mais c’est à vélo qu’il aime se déplacer dans les villes, pour garder un contact humain : « Pendant le confinement, j’étais seul chez moi. Je palliais ma solitude en me créant des amis imaginaires : dans ma tête, j’étais entouré d’un violoncelliste, une violoniste, le hautboïste. »

« Le nouvel album, c’est un peu comme ce matin : lumineux, vivant, optimiste. J’en avais marre du petit piano mélancolique. Je voulais m’offrir ma propre thérapie, comme un cri de vie. »

jeanmichelblais.com

Crédit photo William Arcand


Jean-Michel Blais
6 mars 2022 à 15 h 30
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives

Cette entrevue a initialement été publiée dans l'édition de décembre 2021 du magazine l'Entracte de la SPEC du Haut-Richelieu. Pour consulter l'intégral, cliquez ici

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