Francis Leclerc : donner vie à l’univers de Fred Pellerin

Par Isabelle Laramée. Lorsque Fred Pellerin lui a suggéré d’adapter à l’écran son conte L’arracheuse de temps, le réalisateur Francis Leclerc a vu une occasion en or de plonger dans un univers mythique à cheval entre le film d’époque et le conte fantastique. Après deux longs-métrages portant sur l’œuvre de Pellerin réalisés par Luc Picard, le cinéaste de Pieds nus dans l’aube et Un été sans coup sûr devient le marionnettiste des personnages de Saint-Élie-de-Caxton.

« Le plus grand défi était de ne pas faire un film d’époque, lance Francis Leclerc en parlant de L’arracheuse de temps, qui sort en salle ce 19 novembre. Bien connaitre le langage des films d’époque a fait en sorte que je pouvais justement passer outre et créer le conte fantastique qui mélange les genres. »

Il faut dire que le long-métrage dont Fred Pellerin signe le scénario est un film dans un film. Une partie de l’histoire se déroule en 1888, alors qu’une grand-mère raconte à son petit-fils une légende de Saint-Élie-de-Caxton. Celle où lorsque la cloche de l’église ne sonne qu’une fois, un membre de la communauté décédera dans la prochaine année. Qui ? Seule la Mort le sait. Ils vivent alors dans l’attente avec cette épée de Damoclès au-dessus du village. Le récit se transporte donc dans ce village d’hier, quelque part à la fin des années 20. On y retrouve Méo (Marc Messier), Toussaint Brodeur (Émile Proulx-Cloutier), Riopel (Guillaume Cyr), Lurette (Marie-Ève Beauregard), et toute la joyeuse bande, incluant la jeune Bernadette incarnée par Jade Charbonneau.

La juste dose de comédie
Le film aurait pu être plus sombre, confie le réalisateur. Mais Francis Leclerc tenait à trouver le juste milieu entre la comédie et le drame. « Le ton et le langage sont importants. Les personnages sont excessifs. Toute la gang ! C’est ce qui fait rire, car ce sont des clowns idiots. » Ce petit côté bon enfant était d’autant plus important que le tournage de L’arracheuse du temps était l’un des premiers à prendre son envol après la pause due à la COVID-19. En plein cœur du village de Saint-Armand où le film est tourné, 130 personnes se sont retrouvées ensemble avec la sensation, elles aussi, que la mort planait en haut de leur tête. « C’était troublant de faire le parallèle avec la COVID », lance Francis Leclerc qui a dû tourner en trois blocs, au fil de l’assouplissement des mesures sanitaires, notamment pour les scènes de groupe.

L'influence des années 90
Pour mélanger l’historico-fantastique, Francis Leclerc a joué avec les codes cinématographiques des films de la fin du 21e siècle de la trempe des Monty Python et ceux de Tim Burton. Même Les visiteurs a donné le ton aux personnages. « Ces films me font rire encore, lance-t-il. L’univers visuel est très poussé. Je me suis même inspiré de Dracula de Coppola qui a plein de trompe-l’œil dans la lignée de Georges Méliès. Il y a du CGI (imagerie générée par ordinateur) mais quand la Mort parle, elle a l’air vraie, car elle est incarnée par un vrai comédien. Comme dans le Labyrinthe de Pan où le pan est un comédien dont des effets ont été ajoutés pour ses jambes. C’est organique au bout. »

Pour recréer la facture d’époque, le réalisateur a utilisé de vieilles lentilles anamorphiques qui créent un effet de flou dans les coins de l'image. Il s’est aussi accolé à une manière très classique de filmer, avec des dollys (caméra glissant sur des rails pour réaliser des déplacements continus) et des plans larges qui vieillissent bien et qui rappelle les grands classiques d’époque. « Si ces films-là n’ont pas pris une ride, pourquoi ne pas L’Arracheuse de temps ? Les Harry Potter de ce monde, et les Star Wars, ont beaucoup de dollys  faire de même ? J’ai aussi pensé au plaisir du public en salle de cinéma. Cette façon de filmer est très immersive. » Donc, à voir… en salle !

Crédit photo Dominic Gauthier

 

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