Émile Proulx-Cloutier : sentiers poétiques

Par François Marchesseault. À mains nues c’est Émile Proulx-Cloutier, seul au piano, qui présente des pièces inédites ainsi que des morceaux choisis de ses deux premiers albums. C’est aussi l’artiste multidisciplinaire (auteur, scénariste, acteur, metteur en scène, musicien… ) qui conte et raconte entre les chansons, et qui amène poétiquement le spectateur à ouvrir des chemins intérieurs insoupçonnés. Pendu aux lèvres et aux mots du chanteur. Penché à l’avant, comme on le serait au théâtre, à attendre la suite de l’histoire…

Émile Proulx-Cloutier a les idées qui filent à cent à l’heure. L’artiste parait toujours en mode créatif. Lui poser quelques questions semble ouvrir de multiples canaux. Les histoires affluent. Une seule réponse peut s’échelonner sur quelques minutes. Le chroniqueur est comblé. Je fais au départ un parallèle entre cette tournée – qui propose une bonne part de ses chansons nouvelles, créées pour la scène avant d’être enregistrées – et la démarche effectuée avant Aimer les monstres, paru en 2013, où il avait aussi présenté ses chansons avant la parution du disque. « Avant Aimer les monstres, j’avais fait une tournée sans album, mais on était plus dans l’ordre du rodage. À cette époque, c’était d’essayer. Essayer de faire le métier. »

Apprendre le métier d’auteur-compositeur-interprète, qu’il a embrassé à merveille. À mains nues répond davantage au fantasme de l’artiste de construire un spectacle solide avant de présenter l’album aux spectateurs. Autant sur le plan de la mise en scène, du travail sonore, des éclairages et de l’enchevêtrement des chansons : « Je voulais faire un alliage 50-50. C’est-à-dire qu’il y ait cinquante pour cent du spectacle qui soit du matériel revisité de mes premiers disques et un autre cinquante pour cent qui soit vraiment du matériel inédit : de nouvelles chansons et de nouveaux contes. »

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Avec À mains nues, le spectateur s’approche de ce qu’il y a de plus vibrant chez un artiste. La création de la moitié des pièces étant encore très près du créateur. Dans la plupart des tournées d’artisans de la chanson, il peut se passer des mois, voire des années entre la création d’une pièce, son enregistrement et sa présentation sur scène. Pas ici. « Quand j’ai commencé cette tournée, il y a un an, il y a des textes que je vivais dans l’immédiat. Qui étaient encore brûlants dans ma bouche. J’avais donc l’impression que c’était une version très immédiate de moi-même. »

Il y a chez Émile Proulx-Cloutier un amour certain des mots. Un désir de redonner au français sa musicalité. Cet amour de la parole, du verbe et de ses consonances remonte à son enfance : « Mon père m’a mis très tôt des livres de poésie dans les mains. Je ne comprenais pas tout, mais un peu comme quand on regarde des peintures, j’étais fasciné par le geste, par les tours de magie que l’on pouvait faire avec des mots collés ensemble. » Pour l’auteur, le travail d’écriture est une occasion de faire retomber le spectateur en amour avec sa langue. Qu’elle puisse retrouver sa vigueur et sa beauté. Tenter de créer le coup de foudre et le désir charnel qu’il vit lui-même devant une œuvre bien écrite et articulée.

Seul au piano, mais enveloppé des éclairages de Kareen Houde et des magnificences sonores de Philippe Robert, Émile Proulx-Cloutier nous convie dans son repère lyrique, avec comme trame de fond le besoin des autres. Sortir de sa solitude et se réunir autour d’Émile, de son piano, ses chansons et ses contes. Le suivre sur un sentier poétique au bout duquel il ne nous reste qu’à nous laisser éblouir et émouvoir par le pouvoir des mots.


Émile Proulx-Cloutier
18 février 2023 à 20 h
Salle Emma-Albani
Pôle culturel de Chambly

Photo Steve Caron

Cette entrevue a été publiée dans l'édition de février 2023 du magazine l'Entracte de la SPEC du Haut-Richelieu. Pour consulter l'édition en cours, cliquez ici.  

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