Dominique Fils-Aimé : en quête d’effacer les frontières

Par Francis Hébert

Remarquée à La Voix en 2015, la Montréalaise Dominique Fils-Aimé promène désormais sa soul un peu partout dans des spectacles qu’elle voit davantage comme une « expérience théâtrale et méditative ». Entrevue avec une artiste qui chante dans la langue de Stevie Wonder, mais dont le français est le langage premier – merci à ses parents venus d’Haïti. Sa mère est médecin et son père travaillait pour le gouvernement.

« Avant de faire mon propre projet musical, je collaborais avec d’autres. Je cherchais à multiplier les genres, afin de me trouver. À travers la musique, un de mes buts est d’effacer les frontières qu’on se crée, autant les humains que les musiciens entre eux. Les séparations ne sont pas toujours nécessaires. C’était un peu ma quête. » L’anglais lui a semblé la langue universelle par excellence pour faire voyager ses chansons.

Au cours de l’entretien, ses références artistiques et culturelles proviennent essentiellement des États-Unis, du jazz et de la culture noire. C’est presque un accident qu’elle se soit retrouvée à La Voix, une émission qu’elle ne regardait pas. Avant de devenir chanteuse, Dominique travaillait dans le domaine de la psychologie : « Je regardais ma mère, et pour moi le but dans la vie était de guérir les gens d’une manière ou d’une autre. Je me suis rendu compte qu’on pouvait faire ça avec la musique, mais peut-être avec moins de douleur, en étant moins directement exposé. On peut avoir un peu de recul. Je ne jouais d’aucun instrument, mais j’écrivais beaucoup, j’aimais composer avec ma voix. »

Elle a donc commencé à publier des chansons sur Internet, et c’est ainsi que les producteurs de La Voix l’ont remarquée et lui ont proposé de venir passer des auditions pour devenir concurrente. En bout de ligne, elle s’est rendue jusqu’en demi-finale ! L’an passé, elle a publié un premier album Nameless, inspiré du bouquin The Hope and the Dream of Slave de l’écrivaine états-unienne Maya Angelou : « C’est un hymne à donner de la force, à encourager, même dans les moments où tu te sens oppressé, à trouver la force intérieure pour remonter… De toujours t’élever. L’auteure était une femme noire qui a beaucoup influencé le monde de l’écriture dans les années 60/70/80. Son message a souvent été utilisé dans des chansons, toujours pertinent aujourd’hui. Elle était un pilier, en avant de son temps. »

Son album Nameless fait partie d’une trilogie qu’elle compte publier sur trois ans (2018-2020) : « Dans ces trois disques, je me promène entre les genres pour montrer comment une personne peut vivre. Le premier c’était le bleu, le blues, la solitude, l’eau, la traversée de l’océan, le silence… Ensuite, il y a le rouge, la révolution, le jazz, l’apprentissage de créer librement – la musique a influencé l’Histoire. Je pense à de la lave, elle brûle lentement, mais ensuite la végétation repousse encore mieux qu’avant. Et pour le troisième album, on passe au jaune du soleil, la joie, avec le funk, la soul, le disco, là où la musique n’avait plus à porter autant de lourdeur. On n’était pas encore complètement libre, mais on avait cette légèreté dans l’âme. »

www.domiofficial.com/fr

Cet article a été initialement publié en page 18 et 19 de l’édition de mars 2019 du magazine l’Entracte de la SPEC du Haut-Richelieu. Photo par Jeff Malo

Dominique Fils-Aimé 
14 mars 2019 à 18 h 
Cabaret-Théâtre du Vieux-Saint-Jean
Admission générale

 

 

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