Barbara Kaneratonni Diabo : bâtir des ponts par la danse

Par Marie-Pier Gagnon. Le matin du 29 août 1907, le soleil s’est levé comme toutes les autres journées sur la ville de Québec. Dans la chaleur de cette fin d’été, des hommes s’affairaient à bâtir ce qui allait devenir un emblème pour la ville, le pont de Québec. Puis, la tragédie. Un siècle plus tard, la chorégraphe mohawk Barbara Kaneratonni Diabo raconte cette histoire avec la poésie des gestes, des mots, de la musique. Voici Danseurs du ciel de Danse Théâtre A’nó:wara.

Ce n’est pas un hasard si l’artiste a choisi de raconter cette histoire. Les livres mentionnent que cette journée-là 76 hommes ont péri à la suite de l’effondrement de la structure sud du pont, pont qui allait être inauguré douze ans plus tard. Parmi ces hommes, que l’on appelait les ironworkers ou travailleurs de l’acier en français, 33 étaient issus de la communauté mohawk. Et parmi eux, l’arrière-grand-père de Mme Diabo.

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Elle était adulte lorsqu’elle a appris ce pan du passé familial. Et bien sûr, elle a voulu comprendre. En cherchant une nouvelle thématique créative avec son frère Michael Diabo qui agit à titre de directeur musical sur la plupart de ses spectacles, le sujet s’est imposé de lui-même. « Je ne voulais pas montrer seulement la tragédie, mais aussi la résilience de la communauté mohawk et sa contribution à la construction du Québec », dit-elle.

En trois temps
La production commence donc en invitant le public à aller à la rencontre de la communauté mohawk, dans son quotidien. Puis, les spectateurs sont transportés sur le pont où ils accompagnent les travailleurs jusqu’à la tragédie. C’est à ce moment que l’on retourne dans la communauté. « Je voulais montrer ce qui est arrivé avec les femmes et les enfants. Montrer à quel point les femmes ont dû être fortes », explique la chorégraphe.

Au fil de la conversation, Barbara Diabo raconte d’ailleurs que cet événement a été décisif dans l’évolution de la communauté mohawk. Pour éviter de perdre à nouveau autant d’hommes lors d’une seule tragédie, les femmes ont imposé une nouvelle règle. Les travailleurs devaient maintenant être répartis en petits groupes et envoyés sur des chantiers partout en Amérique du Nord. C’est pourquoi on retrouve aujourd’hui des descendants des ironworkers dans les grandes villes américaines.

Esprit de l’histoire
Mais revenons à la production. En plus de jouer le rôle de chorégraphe, Barbara Kaneratonni Diabo campe aussi l’esprit de l’histoire sur scène. Les mouvements qu’elle a imaginés, elle les exécute entourée de sept autres danseurs. C’est aussi sa voix que le public a l’occasion d’entendre dans une vidéo projetée en fond de scène. Une vidéo tournée dans la langue mohawk, mais sous-titrée afin de permettre une bonne compréhension par tous.

Le spectacle, tient-elle à dire, n’est pas réservé aux grands connaisseurs de danse. Elle le voulait accessible à un vaste public, adolescents compris. « Ce que je propose, c’est une fusion de beaucoup de styles de danse. Il y a plusieurs vocabulaires différents dans la danse. » On retrouve ainsi des mouvements propres au style contemporain, parfois au hip-hop ou encore au ballet. Sans oublier les mouvements traditionnels.

La musique occupe aussi une place prépondérante. Quand les mesures sanitaires le permettent, des musiciens accompagnent l’équipe de tournée. On retrouve des pièces traditionnelles réinterprétées pour le spectacle, mais aussi des créations originales dont une est signée par un autre frère de la chorégraphe. Frank denHaan. Travailler en famille, elle connait. Parfois, c’est sa fille qui l’accompagne sur scène.

D’un océan à l’autre
Il aura fallu environ cinq ans à la chorégraphe pour mener à bien <@Ri>Danseurs du ciel<@$p>. Un projet qu’elle a d’ailleurs présenté en partie dans quelques grandes villes du pays avant d’en arriver à la formule qu’elle propose cet automne aux spectateurs du Haut-Richelieu. Un passage qu’elle attendait depuis longtemps puisqu’à l’instar de plusieurs artistes, elle aussi a dû revoir son calendrier en raison de la pandémie. Mais cela aura valu la peine. L’engouement marqué pour son projet lui fait chaud au cœur et lui rappelle que même si l’histoire qu’elle raconte est celle d’une communauté des Premières Nations, c’est avant tout une histoire humaine et universelle.

Photo Brian Medina et John Lauener

Danseurs du ciel
4 novembre 2021 à 20 h
Salle Desjardins
Théâtre des Deux Rives

** Cette entrevue a été publiée dans l'édition d'octobre 2021 du magasine l'Entracte. Pour lire l'édition complète, cliquez ici.

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